Chaque mois, l’oratoire a proposé une méditation sur chacune des 14 œuvres de miséricorde. Le grand jubilé de la miséricorde se terminant bientôt, nous proposons de retrouver ici chacune de ces méditations.

  1. Supporter les défauts des autres.
  2. Donner à boire à ceux qui ont soif
  3. Instruire les ignorants
  4. Vêtir ceux qui sont nus
  5. Prier pour les vivants et les morts
  6. Visiter les prisonniers
  7. Conseiller ceux qui sont dans le doute
  8. Donner à manger à ceux qui ont faim
  9. Pardonner les offenses
  10. Visiter les malades
  11. Exhorter les pécheurs
  12. Accueillir les étrangers
  13. Consoler les affligés
  14. Ensevelir les morts





1. Supporter patiemment les défauts des autres



Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? (Mt 14,31)


Tout est dans l’adverbe : “patiemment”. C’est lui qui fait l’attitude chrétienne.

Il nous arrive de supporter des choses désagréables, parce qu’elles ne durent pas, parce qu’on aura maugréé sans exploser, parce qu’on se sera protégé ou résigné. Aucune de ces façons de « supporter » autrui et les tracas qu’il nous cause, ne sera appelée une “œuvre de miséricorde”.

Avec ses deux “aime”, comme merci (être à la merci de l’autre), et comme mourir (à soi-même), il rappelle que dans la relation au prochain, tout commence avec un changement volontaire du regard. Envers ceux dont les défauts nous sautent aux yeux (et pour cause : ce sont forcément nos plus proches) et que nous avons étiquetés (gentiment, mais fermement) “indécrottables”, ce pas pour consentir à eux, sincèrement et profondément, nous coûtera : il s’agit de revenir sur tant de vanité de notre part… Demandons à saint Philippe qu’il nous aide à faire ce pas douloureux pour sortir du regard dans lequel nous avons figé les autres.

Puis, il s’agit d’entrer dans la “patience” : ce mot est souvent utilisé par saint Paul pour dire la qualité d’un amour qui croit et qui espère, avec persévérance. Un amour qui accepte de souffrir (il y a une passivité, dans la patience, imposée à tout ce qui se révolte en moi contre l’autre, fût-il mon époux ou mon épouse). Un amour voulu, raisonné, donc. Un amour vrai.

C’est l’amour dont nous aime Jésus.

Paul l’a compris :

S’il m'a été fait miséricorde, c’est pour qu’en moi, le premier, Jésus Christ manifeste toute sa patience, faisant de moi un exemple pour ceux qui doivent croire en lui. (1Tm 1, 13)





2. Donner à boire à ceux qui ont soif



Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif (Jn 4,15)


“Vivre d’amour et d’eau fraîche”, voilà bien un slogan qui stigmatise les doux rêveurs dans notre monde productif. Un slogan que seuls certains amoureux débutants voudraient s’approprier pour ne penser à rien d’autre. Mais tout le monde sait que tout est beaucoup plus compliqué… évidemment.

Qui connaît la soif sait pourtant combien être désaltéré est vital. C’est le geste d’un minimum d’humanité de pourvoir son semblable d’eau quand il en est dépourvu. C’est un droit qui ne devrait pas lui coûter plus cher que de respirer de l’air. Il y a pourtant des endroits du monde où la pollution du sol par certaines usines, ne permet pas aux populations pauvres avoisinantes, en particulier à leurs enfants, d’accéder à l’eau potable, souligne le pape François dans son encyclique Laudato Si’. L’accès à l’eau est synonyme du droit inaliénable à la vie que Dieu nous procure.

Oh, il n’y a pas pour l’instant beaucoup d’exemples de saints dans l’Église dont on a remarqué que leur charisme était de procurer une eau saine à leurs frères. Cela paraissait tellement évident ! Mais dès le début, le Seigneur, délivrant les Hébreux d’Égypte a montré au désert, par sa miséricorde, que même d’un rocher il était capable d’abreuver son peuple. De la même manière, cela a compté tout de suite pour Jésus assoiffé de dire à la Samaritaine : “Donne-moi à boire”. Il nous apprend, à cette simple demande, que Dieu réalise beaucoup avec ceux qui l’écoutent sur les besoins vitaux de l’homme. Il se révèle alors lui-même comme le Sauveur (“Je le suis, moi qui te parle” Jn 4,26), après lequel finalement nos vies si compliquées gémissent.

Une récompense durable est promise par Jésus à toute personne qui donnerait un seul verre d’eau à un de ses disciples (Mt 10,42). Cette harmonie avec l’intention du Créateur dans le geste le plus simple et le plus revigorant, n’est a fortiori pas une option pour une vie chrétienne.




3. Instruire les ignorants





Sainte Anne présente à la Vierge un rouleau de la Parole de Dieu et lui apprend à lire et lui transmet la tradition de lecture. Le Talmud dit que pour apprendre La Parole, il faut un maître qui transmet et un frère avec qui échanger.














Sainte Anne présente à la Vierge un livre dans lequel elle apprend à Marie la lecture.





Dans la Tradition de l’Église, Sainte Anne est devenue la patronne de ceux qui ont la charge de transmettre la connaissance autant spirituelle que profane… dans la famille, à la maison comme dans les lieux d’instruction.







Le Seigneur a donné à chaque homme une intelligence, une capacité de comprendre la réalité du monde, ce qu’il vit, ce qu’il doit entreprendre, comment il doit le faire… Même si cette capacité n’est pas la même pour tous, elle existe en tous.

Mais comme toute capacité, elle doit être cultivée, formée, entretenue, exercée pour ne pas se perdre. Et exercer son intelligence, c’est rendre gloire à Dieu. “Mieux vaut une seule pensée de l’homme que le monde entier; et Dieu seul est digne de notre pensée, qui lui est due.” dit St Jean de la Croix.

Aussi la mission d’enseigner les ignorants est une grande mission, un service rendu à l’homme qui honore Dieu. Il s’exerce dans plusieurs domaines :

  • l’enseignement des choses profanes : les rudiments de la lecture, la langue, les mathématiques et les sciences, la réflexion profonde sur la vie mais aussi la capacité de réfléchir, de dépasser son émotion, de prendre ses distances par rapport aux rumeurs …
  • mais aussi et surtout, l’enseignement des “choses de Dieu” : éveiller au sens de la Grandeur affectueuse de Dieu, à sa Présence, à sa place dans notre vie, à ce qu’Il a dit de lui-même, à son Amour infini.
  • mais aussi le sens du comportement : en un mot rapide, la politesse et le respect des autres, le sens des codes sociaux, l’art de la sociabilité et de la conversation, le sens de la rencontre et de l’écoute de l’autre…

Cet enseignement est l’affaire des parents d’abord, des familles au sens plus large puis des enseignants et des catéchistes pour lesquels nous prions.




4. Vêtir ceux qui sont nus



Bien que cette œuvre de miséricorde corporelle soit citée par le Christ dans la parabole du Jugement dernier (Mt 25, 36), on ne voit pas le Seigneur Jésus vêtir un seul nu dans l’Évangile. Au contraire, c’est Lui qui est mis à nu, lors de Sa Passion.

Certes les saints n’ont pas manqué à cette charité. Tout le monde se souvient de saint Martin, partageant son manteau en deux pour vêtir un pauvre qui se révèle être le Christ.

“Vêtir ceux qui sont nus”, c’est une œuvre où la Miséricorde et la Justice se rejoignent. Ainsi, il est écrit au livre de l’Exode :

25 Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil. 26C’est tout ce qu’il a pour se couvrir ; c’est le manteau dont il s’enveloppe, la seule couverture qu’il ait pour dormir. S’il crie vers moi, je l’écouterai, car moi, je suis compatissant !” (Ex 22).

Ainsi, concrètement :

  • Demandons-nous si nos dépenses en vêtement sont raisonnables. Mère Teresa connaissait une dame très riche et très coquette, qui dépensait beaucoup d’argent dans l’achat de beaux saris (c’était une Indienne). Elle voulait aider les pauvres. Aussi, Mère Teresa lui conseilla-t-elle de réduire les dépenses et de donner la différence aux pauvres.
  • Depuis quand n’avons-nous pas fait de tri dans nos armoires ? Peut-être qu’un ancien manteau ou un pantalon devenu trop petit couvrira aisément la nudité de quelqu’un…

Mais, n’oublions pas qu’avant d’être un précepte humain, “vêtir ceux qui sont nus” est avant tout une œuvre divine. Depuis notre péché jusqu'au Baptême, le Seigneur, le premier, a couvert notre honte pour nous rendre notre dignité :

Du livre de la Genèse :

7Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus. Ils attachèrent les unes aux autres des feuilles de figuier, et ils s’en firent des pagnes. 21Le Seigneur Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en revêtit.” (Gn 3).

De l’Évangile selon saint Luc :

22Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller.” (Lc 15 : le retour du fils prodigue)

De l’épître aux Galates :

27En effet, vous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ” (Ga 3).

Le vêtement est devenu signe de la Miséricorde divine qui nous rend notre dignité. En ce qui nous concerne, tout est affaire de regard. Le vêtement nous permet de nous regarder mutuellement sans honte et donc d’entrer dans une juste relation les uns avec les autres.

Aussi, “vêtir ceux qui sont nus”, œuvre de miséricorde corporelle, peut devenir, dans l’ordinaire du quotidien, une œuvre de miséricorde spirituelle, un lieu de croissance de la charité en nous.

Quel regard portons-nous sur notre prochain, en particulier quand il est mis à nu (quand son péché nous “saute aux yeux”) ? Revenons, un moment sur un épisode peu connu du livre de la Genèse :

20Noé, homme de la terre, fut le premier à planter la vigne. 21Il en but le vin, s’enivra et se retrouva nu au milieu de sa tente. 22Cham, le père de Canaan, vit que son père était nu et il en informa ses deux frères qui étaient dehors. 23Sem et Japhet prirent le manteau, le placèrent sur leurs épaules à tous deux et, marchant à reculons, ils en couvrirent leur père qui était nu. Comme leurs visages étaient détournés, ils ne virent pas la nudité de leur père.” (Gn 9).

Quand nous voyons notre prochain (un membre de notre famille, un collègue, un membre de notre communauté), surtout quand il n’apparaît pas sous son meilleur jour, allons-nous penser maintenant à couvrir sa nudité du manteau de la Miséricorde ?




Ô Marie, notre Mère,
gardez-nous sous votre manteau
et aidez-nous à couvrir
tous ceux qui sont nus.











5. Prier Dieu pour les vivants et les morts




Voilà peut-être l’œuvre de miséricorde la plus facile, que nous déployons certainement tous à peu près quotidiennement. Cela nous est naturel et ne prend qu’un instant : “Jésus, je te confie mon frère malade, ma sœur en difficulté…”. Il s’agit aussi d’une des œuvres les plus discrètes, car seul le Seigneur entend la petite prière de notre cœur le soir avant de nous coucher, en attendant le bus, devant le Saint-Sacrement…

Seulement, notre prière est tellement bien cachée que nous ignorons totalement ses effets. Ce sera d’ailleurs sans doute une grande surprise au Ciel que de découvrir comment la prière “tient le monde” et ce que nous devons à l’intercession des uns et des autres. Pour l’instant, seule la foi nous assure que nous ne perdons pas notre temps même si apparemment, rien ne se passe : nous nous en remettons entièrement au Bon Dieu.

Et que demandons-nous fondamentalement ? “Père saint, garde-les unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes”, “un en nous, eux aussi” dit Jésus juste avant d’entrer dans sa passion (Jn 17, 11 et 21).

Notre prière doit être une supplication pour que celui pour qui nous prions soit plus proche de Jésus et que la volonté du Père soit faite. C’est une prière d’offrande, qu’elle soit à l’intention d’un vivant qui est pécheur ou d’un défunt qui a besoin d’être purifié avant de voir Dieu face-à-face.

La plus belle prière pour ceux qu’on aime est ainsi le sacrifice offert à chaque Eucharistie par le prêtre, puisque c’est alors le Fils Lui-même qui intercède auprès du Père et qui reçoit de Lui sa Vie, l’unique nécessaire.




6. Visiter les prisonniers




Dans la prison Mamertine de Rome, à deux pas du Forum latin et du Capitole, on trouve la liste des prisonniers célèbres qui y ont été enfermés. Selon la tradition, les apôtres Pierre et Paul y séjournèrent.

On y fait mémoire aussi de ceux qui sont venus visiter les prisonniers. Parmi eux, saint Philippe Néri. Fidèle à l’intuition de promouvoir énergiquement un apostolat de l’amour du prochain, Philippe fréquentait ceux qui avaient maille à partir avec l’Inquisition et qui se retrouvaient en prison, y compris ceux qui avaient fait l’objet d’une condamnation ou qui devaient être exécutés.

Ainsi, avec une liberté intérieure plutôt rares à l’époque, il se tournait vers les “hérétiques”, les condamnés, ceux qui avaient eu le malheur de déplaire et ceux qui se trouvaient privés de leurs droits à cause de leur condition sociale. Philippe se souvient volontiers que Jésus aussi a été prisonnier et qu’il ne s’est trouvé personne pour le visiter sinon les gardes qui étaient aussi ceux qui le tourmentaient. En prison, on perd certes sa liberté d’aller et de venir, de faire ou ne pas faire mais plus encore on perd aussi une part de sa dignité. La prison nous compte du côté des pécheurs, des réprouvés, au ban de la société. Jésus a voulu être compté au rang des pécheurs non parce qu’il l’était mais pour prendre sur lui le péché du monde.

Lorsque saint Philippe visite les prisonniers, il accepte de se compromettre. Certes, la prison n’est pas un lieu honorable bien qu’elle puisse être un lieu de rédemption mais plus encore saint Philippe va y visiter également ceux qui ont déplu au pouvoir en place, ceux que l’on a emprisonnés par convenance ou par facilité.

Le saint au cœur de feu est plein de cette liberté qui cherche la vérité et que les murs d’une prison ne peuvent arrêter. Il est plein de cette présence divine qui brûle en lui et lui permet de choisir ce qu’il y a de plus compliqué dans l’ordre de la charité. Puissions-nous à sa suite savoir nous compromettre dans une charité toujours plus exigeante et prier pour ceux qui en ont l’audace.




7. Conseiller ceux qui sont dans le doute



Dans le Chorus n°11 For unto us a Child is born de l’Oratorio du Messie du Haendel, les chœurs chantent le “Conseiller Merveilleux” à propos de “l’Enfant qui nous est né, du Fils qui nous est donné” (Isaïe 9,5). En partant de Jésus, le Verbe incarné, on est donc sûr d’entendre le sens ajusté de la première œuvre de miséricorde spirituelle, aussi fondamentale que générale : Conseiller ceux qui sont dans le doute.

En effet, bien des coachs, des conseillers en tout genre, proposent et obtiennent de leurs protégés qu’ils dépassent leurs doutes, mais en vue de quels objectifs ? Nous ne le savons pas toujours. Jésus, le Seigneur de Miséricorde, révèle en revanche le visage de la Miséricorde divine “à tous les hommes, pour qu’ils apprennent à mieux connaître le vrai visage de Dieu et le vrai visage des frères.” St Jean Paul II (an 2000).

Ceux qui sont plus exposés que les autres au doute existentiel sur l’amour dont Dieu les aime, se trouvent facilement parmi les derniers parmi les hommes, les affligés, les malades, les petits, les pauvres, les exclus. Mais aussi les athées et les scrupuleux que le Curé d’Ars a rencontrés, dans la France des lumières. Ces deux dernières catégories peuvent creuser en elles, jusqu’à s’en détruire le psychisme, la profondeur du doute sur l’homme par surdité envers Dieu.

La Pentecôte dont nous accueillons avec l’Église l’immense fête ce dimanche pour le monde entier n’est pas, contrairement aux apparences, une manifestation divine qui voudrait en mettre plein la vue. Elle est d’abord pour l’homme la Lumière intérieure de l’Esprit Saint. Ce dernier a répondu d’abord au doute de la foi des Apôtres. Doute présent même à la Résurrection, même à l’Ascension (qui les laissait enfermés) sur l’Incarnation en Marie du “Merveilleux Conseiller” : Jésus. L’Esprit a donné alors à ses Douze la certitude de sa victoire, les mots pour L’annoncer, les gestes pour réconforter ceux qui doutent dans l’obscurité du chemin de la vie terrestre. Depuis, par l’humilité des conseils de ses saints (les baptisés en état de grâce) le Don qu’est l’Esprit du Seigneur revigore sans bruit les cœurs hésitants à réaliser leur vocation. Avec Dieu fait chair, la peur assume l’audace du conseil !



« Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort. Quand il la laissait retomber, Amalec était le plus fort. Mais les mains de Moïse s’alourdissaient ; on prit une pierre, on la plaça derrière lui, et il s’assit dessus. Aaron et Hour lui soutenaient les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre. Ainsi les mains de Moïse restèrent fermes jusqu’au coucher du soleil. » (Exode 17,11-12)




8. Donner à manger à ceux qui ont faim





Cette œuvre de Miséricorde corporelle nous renvoie à ce qui est le fondement de la vie : pas de nourriture, pas de vie. Si nous jeûnons volontairement (en Carême par exemple) c’est pour ressentir en notre chair que notre vie dépend de Celui qui nous donne la vie et nous fait Miséricorde. “L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toutes paroles qui sort de la bouche de Dieu” (Mt 4, 4). Aussi, comme le Christ, veillons à ce que notre prochain ne manque pas de pain. Lui, la Parole qui sort de Dieu le Père, n’a-t-Il pas nourri les foules ?

“Nourrir ceux qui ont faim”, cela nous pousse à aller chercher vers ce qu’il y a de meilleur en nous-mêmes, un indice en nous de l’image et de la ressemblance de Dieu : le don.

“L’amour dans la vérité place l’homme devant l’étonnante expérience du don. La gratuité est présente dans sa vie sous de multiples formes qui souvent ne sont pas reconnues en raison d’une vision de l’existence purement productiviste et utilitariste. L’être humain est fait pour le don” (Benoît XVI, Deus caritas est n°27).

Donner à celui qui a faim, cela demande un effort. Commençons par ce qui est simple : évitons tout gaspillage de nourriture. Ensuite, demandons au Seigneur sa Force pour aller au-delà de nous-mêmes, pour quitter notre confort et lâcher notre peur d’aller vers le pauvre. Demandons la force du don, ce dont qui est l’expression du meilleur de nous-mêmes, de notre existence et qui permet à mon prochain de vivre.




9. Pardonner les offenses




Pardonner les offenses

Pardonner les offenses, c’est entrer dans une gravure de Rembrandt pour y tenir la place du père. Devenir le père, ou devenir comme le Père ; c’est à cela que nous invite cette œuvre de miséricorde.

Le ressort de pardonner les offenses n’est pas seulement celui des Béatitudes : “heureux les miséricordieux, il leur sera fait miséricorde” (Mt 5, 7), comme si le pardon que nous donnons aux autres nous garantissait un stock de pardons portés à notre crédit.

Pardonner les offenses, c’est au-delà de l’audace – pourtant grande – dont nous témoignons chaque fois que nous disons ces paroles du Notre Père : “pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés”. Pardonner les offenses, c’est laisser derrière nous la question de saint Pierre : “Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ?” (Mt 18, 21). C’est abandonner la question du combien de fois et laisser de côté une comptabilité stérile.

Pardonner les offenses, c’est avoir la largesse du Père, déborder de son amour pour aller au devant de celui qui nous a offensé. C’est s’abaisser – non dans un mouvement d’humiliation –, mais dans le mouvement de l’humilité d’un parent qui se met au plus près de son enfant pour le relever et l’aider à grandir.

Pardonner les offenses, c’est être “miséricordieux comme le Père” (cf. Lc 6, 36), jusqu’à en être remué aux entrailles, jusqu’à en être blessé d’amour. C’est aller jusqu’à laisser de côté l’objection de l’impardonnable, aussi difficile que cela puisse être.

Peu importe que nous soyons le fils cadet ou le fils aîné de la parabole de l’évangile de saint Luc. Le fait est que nous sommes les fils et les filles d’un Père miséricordieux, et nous sommes ses héritiers. Fils/filles et héritiers/ héritières, nous sommes appelés à prendre la place du Père, à rendre sa succession, et à offrir aux autres la même compassion qu’Il nous a offerte, qu’Il m’a offerte.

Ainsi pardonner les offenses, c’est se laisser transformer à l’image de Dieu qui nous aime de façon inconditionnelle. Mais vivre de cet amour exige la discipline radicale d’être en capacité de recevoir l’amour de Dieu et de nous aimer les uns les autres à l’imitation de la manière même de Dieu.




10. Visiter les malades




Lorsqu’on visite une ville ou un monument, c’est que l’on juge qu’il est digne d’intérêt. Nous y consacrons du temps car nous espérons en retirer quelque chose pour nous.

Quand quelqu’un est malade, il est a priori moins intéressant que quand il est bien portant, ses capacités étant réduites. Le malade nous place aussi devant la limite de l’homme ; toute maladie n’évoque-t- elle pas de près ou de loin la mort ? Nous avons donc une légitime tendance à fuir tout ce qui ressemble à un hôpital !

Pourtant l’Église nous invite à aller visiter les malades. N’est-ce pas justement pour nous proposer de nous placer devant la petitesse de l’homme ? Nous mettre en présence de celui qui nous renvoie à notre propre finitude. Le malade, en effet, nous rappelle que nous avons besoin des autres, que nous ne sommes pas autosuffisants. C’est pour cela que saint Philippe envoyait toujours ses fils spirituels dans les hôpitaux romains, pour les ramener à la réalité de notre condition d’être faible.

Au-delà du plaisir que nous pouvons procurer en passant simplement du temps pour divertir un peu celui que la souffrance isole toujours d’une manière ou d’une autre, nous avons à apprendre : apprendre à sortir de nous même en surmontant nos craintes, apprendre la gratuité et à dépasser la rentabilité…

Nous n’avons pas les moyens de soulager le mal mais nous pouvons être là pour dire : malgré ta faiblesse, tu as du prix à mes yeux. Et même davantage : puisque tu es faible je fais encore plus attention à toi, je me déplace pour te voir, je t’appelle, je t’envoie un mot, je prie pour toi alors que je ne le ferai pas si tu allais bien. Nous nous mettons ainsi à l’école de Jésus qui « est venu pour les malades et les pécheurs » : nous pouvons faire, à notre niveau, cette expérience de l’amour qui grandit quand il voit la misère de l’autre et vient le visiter.




11. Exhorter les pécheurs



Des objections surgissent : ne suis-je pas pécheur, moi ? Qui suis-je pour exhorter mon semblable ? Est-ce que je connais ses combats ? Et puis, ne dit-on pas assez qu’il faut condamner le péché mais accueillir le pécheur ?

Reconnaissons que cette œuvre de miséricorde nous met mal à l’aise, et que nous nous en dédouanons peut- être trop facilement. Par peur de déplaire, de faire plus de mal que de bien, de nous tromper.

La tradition spirituelle parle de “correction fraternelle”. Deux amis dans le Seigneur ne peuvent-ils pas, ne doivent- ils pas s’aider à avancer ? Peuvent-ils désirer autre chose, l’un pour l’autre, que ce chemin de vérité et de lumière ? On pressent ici que la correction fraternelle requiert un amour authentique. Si je ne désire pas pour mon ami, mon frère, mon époux, mon épouse, qu’il/elle atteigne cette beauté singulière et totale, pour laquelle le Seigneur l’a créé(e) et sur laquelle je n’ai aucun droit… c’est que je n’aime pas encore vraiment.

C’est la douceur qui sera le sceau d’une juste “correction”. “Elle ouvre la bouche avec sagesse et sa langue fait gentiment la leçon”, dit joliment le Livre des Proverbes (31, 26) à propos de la femme juste. Humble douceur de celui qui sait prendre le bras de l’ami, qui sait l’implorer du regard, qui trouve les mots simples et le ton modeste, pour dire ce qu’il sait devoir dire. Cette douceur-là vient de l’Esprit Saint, qui “vous enseignera à cette heure-là ce qu’il faudra dire.” (Lc 12, 12)

Car attention, nul ne « corrige » du haut de sa propre perfection. “Vous n’avez qu’un seul maître, le Christ” (Mt 23, 8) nous prévient l’Évangile. L’apostrophe du poète à son lecteur : “Mon semblable, mon frère !” doit être comme le cri silencieux qui accompagne toute “correction”. Car “le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi, je suis le premier des pécheurs.” (Tm 1, 15)

Désirons d’être aimé par un ami, un frère, un époux, une épouse, qui lors de nos faux pas, saura nous dire : “Mon semblable, mon frère !”


“Telle était notre compétition : non pas qui était le premier, mais qui permettait à l'autre de l'être. On aurait dit que nous avions une unique âme et un seul corps.”

(Grégoire de Nazianze, Oratio 43, 16.20)




12. Accueillir les étrangers



Les paroles de Matthieu 25, 35 “J’étais un étranger et vous m’avez accueilli” résument l’histoire d’Israël. L’hôte de passage qui demande un toit qu’il n’a pas, rappelle à Israël sa condition passée d’étranger et d’homme de passage sur la terre, comme ces textes l’attestent : “L’étranger qui réside avec vous sera pour vous comme un compatriote et tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été étrangers au pays d’Égypte” (Lv 19, 34). “Écoute ma prière, Seigneur, prête l’oreille à mon cri, ne reste pas sourd à mes pleurs. Car je suis l’étranger chez toi, un passant comme tous mes pères” (Ps 39, 13). “Par conséquent, pour aller à lui, sortons en dehors du camp [...]. Car nous n’avons pas ici-bas de cité permanente, mais nous recherchons celle de l’avenir” (He 13, 13-14).

Cet étranger a besoin d’être accueilli et traité avec amour, au nom du Dieu qui l’aime (“Il aime l’étranger”, Dt 10, 18). En cas de grandes difficultés, il devra être protégé (cf. Gn 19, 8 ; Jg 19, 23-24), et il n’hésitera pas à déranger ses amis s’il n’a pas les moyens d’aider un étranger inattendu (cf. Lc 11, 5-8).

Abraham est un exemple d’accueil généreux et religieux avec les trois anges à Mambré, paradigme d’hospitalité (cf. Gn 18, 2-8), ainsi que Job, qui s’en vante (cf. Jb 31, 31-32), et le Christ lui-même, qui approuve les soins qu’il reçoit (cf. Lc 7, 44-46) et qui à son tour est accueilli par les disciples d’Emmaüs qui le reconnaissent au moment de « la fraction du pain » (Lc 24, 13-33) . Ces gestes d’accueil envers l’étranger sont une manifestation concrète d’une “charité sans feinte [...] avide de donner l’hospitalité” (Rm 12, 9.13).

Dans la tradition chrétienne, on sait bien que la règle de saint Benoît (Vème siècle) demande aux moines d’accueillir, avec cette citation qui reprend Matthieu 25, 40 : “Tous les hôtes qui arrivent seront reçus comme le Christ. En effet, lui-même dira : "J’étais un hôte et vous m’avez reçu"” (RB, 53, 1). Elle décrit ensuite la façon dont les moines doivent se comporter envers les hôtes : “Dans les salutations, on montre tous les signes de l’humilité à tous les hôtes qui arrivent ou qui partent. On courbe la tête ou bien on se prosterne à terre pour adorer en eux le Christ qu’on reçoit” (RB, 53, 6-7).





13. Consoler les affligés



Le fait est bien connu : dans chacune des maisons des Missionnaires de la Charité, le crucifix de la chapelle est orné de cette parole du Christ : “J’ai soif” (Jn 19, 28). Sainte Teresa de Calcutta en a laissé l’explication ; par cette parole, Jésus dit à chacun : “J’ai soif de toi ! Si tu te crois sans importance aux yeux du monde, cela ne m'importe pas du tout. Pour moi, il n’y a qu'une chose qui importe : il n’y a rien de plus important dans le monde entier que toi”. Le Christ demande au pécheur pour qui Il offre sa vie en rédemption, de Lui apporter la consolation de son amour. “J’ai soif de toi ! Ouvre-toi à moi. Viens à moi et aie soif de moi. Donne-moi ta vie et je vais te prouver combien tu es important à mon Cœur”. Fort de cet amour de Dieu, l’homme peut dès lors consoler ceux de ses frères qui sont affligés.

Et dans son audace amoureuse, Mère Teresa adressait cette prière à Dieu : “Quand je suis blessée, donne-moi quelqu’un à consoler”. La blessure de notre soif de Dieu que le Christ nous dévoile en notre cœur, ne peut être guérie que par le double commandement d’aimer Dieu et le prochain.

Avec cette prise de conscience, consoler les affligés, ne demande comme attitudes fondamentales que notre attention pour découvrir qui a besoin autour de nous d’être consolé ; notre inventivité pour savoir comment consoler. En tout cela, nous avons également besoin de nous mettre à l’écoute de l’Esprit pour être pleinement ajusté aux situations et aux personnes. Il n’y aura jamais une recette unique, toujours le Seigneur nous demande de prendre soin, un soin personnel qui s’inscrit en un temps et en un lieu.

Cette œuvre de miséricorde est exigeante, car elle nous convie à nous exposer pleinement à la douleur d’autrui face à laquelle nous acceptons d’embler d’être totalement désarmée, dans une “faiblesse créatrice”. Lorsque le Seigneur nous invite à consoler les affligés, il nous introduit sur un chemin où nous ne pouvons offrir que notre présence, icône pour notre frère dans l’affliction de la Présence aimante de Dieu pour chacun de nous.

Pour accomplir cette œuvre de miséricorde, il n’y a point besoin de compétence particulière, elle nous concerne tous car elle est à la portée de chacun. La liturgie du mariage en témoigne dans la bénédiction finale des époux : “que toute personne en difficulté trouve auprès de vous soutien et réconfort”.





14. Ensevelir les morts





“Je te suivrai, dit à Jésus ce jeune homme, les yeux rougis par les longues veilles et par la perte qu’il vient de subir, mais laisse-moi d’abord enterrer mon père.

– Laisse les morts enterrer les morts. Toi, suis-moi.”

Non seulement la 7e œuvre de miséricorde corporelle n’est pas avec les six autres en Mt 25, mais elle est explicitement écartée par le Seigneur.

Qu’est-ce qu’un enterrement ?

Juste un rite social. Le mort redevient poussière, il part au Shéol, comme disent les Juifs, et rien, ni rite ni prière n’y changeront rien. Son sort est aussi scellé que son tombeau. L’enterrement est un rite social. L’enterrement est fait pour les vivants, pour les aider dans leur deuil.

“Laisse les morts enterrer les morts”, dit Jésus. Jésus qui est Dieu dans la chair.

Dieu qui meurt un jour.

Et ce Corps-là, ce Corps laissé en croix après sa mort, Jésus a dit qu’il ressusciterait le troisième jour. Se lèvera-t-il de la fosse commune ? Se lèvera-t-il, d’ailleurs ? Les disciples en doutent probablement. De toutes façons, ils n’ont plus à ce moment-là des idées très claires.

Il y a un homme, Joseph d’Arimathie, qui ne veut pas qu’on mette le Corps sacré de Jésus dans la fosse commune. Il y a un homme, Nicodème, qui vient avec des parfums pour qu’on puisse lui dire adieu en rendant hommage à sa sainteté, sa charité, dont tant ont bénéficié.

Jésus est mis au tombeau. Et voilà qu’arrive, tout à la fin de l’Evangile, la 7e œuvre de miséricorde.

Et de cette œuvre subsiste un tombeau dans Jérusalem, un tombeau vide. De là vient l’espérance.

Depuis, toute mort est liée au Christ. Tout mort est lié au Christ. Dans la messe est rétablie la communion des saints, et nous pouvons, sur cette terre, être utiles aux défunts qui “dorment” dans des “cimetières” (dortoirs). Depuis la mise au tombeau du Seigneur, la prière pour les morts a un sens, l’enterrement a un sens. Une direction, même : celle du Royaume et de la résurrection à la fin des temps.





Offices

Attention veuillez trouver ici les horaires de la Semaine Sainte.


Messes du dimanche

(à la basilique toute l'année)
Dimanche à 9h30
Dimanche à 11h

Messe anticipée

(à la crypte)

Samedi à 18h30

Messes de Semaine

(à la crypte)

Lundi : 18h30 suivie de l'adoration du St Sacrement jusque 19h45
Du mardi au vendredi : 08h30
Samedi : 8h30 (messe selon le missel de Paul VI en langue latine)

Temps de prière

(à la crypte)

Lundi soir

Après la messe de 18h30 (19h15 environ) jusque 19h45 :
Adoration du Saint-Sacrement.

Du mardi au samedi :

8h10 : office du matin (laudes)
12h -12h30 : oraison silencieuse

Vendredi de 11h30 à 12h30 :

adoration du Saint-Sacrement

Dimanche :

8h15 - 8h45 : oraison silencieuse
8h45 : office du matin (laudes

Confessions


Samedi : 16h30 -18h
(à la Basilique toute l’année)